Château de Lihus · Oise

L'Histoire

Du château fort médiéval au domaine de mariage contemporain, huit siècles d'une histoire noble, intimement liée à la terre de l'Oise et aux grandes familles qui l'ont façonnée.

Gravure ancienne du Château de Lihus
Repères chronologiques
XIVème siècle Arnaud
de Corbie
1659 Hanyvel de
Mannevillette
1731 Jean-François
Chrestien
1743 Pierre
Chrestien
1880s Emile Chrestien
de Poly
Auj. Famille
Achet
Moyen Âge — XIVe siècle

Les origines médiévales

Au Moyen Âge Lihus était un bourg relativement important possédant son château fort, sur la motte féodale encore visible à côté de l'église. Au XIVe siècle, la terre de Lihus appartient à Arnaud de Corbie, chanoine à la cathédrale de Beauvais, chancelier de France à trois reprises. Au milieu du XVIIe siècle, la seigneurie de Lihus appartient au marquis de Crèvecoeur, Nicolas-Alexandre Gouffier. Criblé de dettes, il vend toutes ses propriétés.

Illustration
médiévale
Image Motte féodale ou église de Lihus
Image Façade ou parc du château
1659

Hanyvel de Mannevillette & le comté

En 1659, Adrien de Hanyvel de Mannevillette achète le marquisat de Crèvecoeur, comportant la seigneurie de Lihus avec sa « maison seigneuriale fermée de murs », moulin, prés, terres, droits féodaux (55 000 livres pour la seigneurie de Lihus). Le nouveau propriétaire obtient du roi l'érection de sa terre de Lihus en « comté de Mannevillette ». Lihus s'appellera désormais Mannevillette, jusqu'à la Révolution française.

À cette époque (XVIIe) existe déjà la partie centrale du Château (en briques), comme en témoignent la corniche qui court sous la gouttière (datable vers 1630), ainsi que le mur pignon ouest « à redents » (fin XVIe – début XVIIe siècle). Vu l'inclinaison du toit, celui-ci était à l'origine recouvert de tuiles ; il abrite un grand comble. Il n'y avait à l'origine que trois travées de fenêtres, celles qui correspondent aux lucarnes du second étage. Les autres fenêtres ont été percées après. Certaines poutres soutenant les étages sont très anciennes, du XVe siècle, portant encore des moulurations gothiques, mais il s'agit peut-être de réemplois. À l'Ouest, existait tout un corps de ferme, aujourd'hui en partie disparu : il en reste la Charretterie et le Puits.

1731

Jean-François Chrestien & la noblesse de robe

Le fils d'Adrien de Mannevillette meurt sans postérité. Le château passe à sa sœur puis est mis en vente. La seigneurie de Lihus est acquise en 1731 par Jean-François Chrestien, conseiller du roi à Reims puis conseiller à la cour des Aides de Paris. Cette charge, qui s'achetait, conférait la noblesse. La cour des Aides était une cour de justice qui s'occupait du contentieux des impôts indirects.

Jean-François Chrestien était originaire de Normandie, où sa famille possédait les fiefs de Chrétienville et d'Harcourt. Le hameau de Chrétienville existe toujours, sur la commune d'Harcourt dans l'Eure : la famille y possédait le château des Rufflets, qui présente quelque ressemblance avec celui de Lihus.

La seigneurie de Lihus faisait au moins 800 ha et contenait des fiefs nommés Poly, Chanteloup, Fourré. Les fils de l'acheteur ont joint leur nom à ceux des fiefs acquis : Chrestien de Lihus, Chrestien de Poly, Chrestien des Rufflets.

Intérieur

Les aménagements du XVIIIe

L'acheteur fait moderniser le château avec des aménagements intérieurs soignés : plafonds décorés, cheminées. De cette époque date aussi la cage d'escalier, dont les moulurations des avant-marches en bois témoignent du soin apporté, ainsi que le dessin de la rampe en fer forgé — probablement refaite au XIXe en suivant le modèle de l'ancienne.

Le dallage à cabochons — octogones de pierre blanche et carrés en marbre noir — est typique des belles maisons de la région au XVIIIe siècle.

Image Cage d'escalier ou dallage à cabochons
Image Aile Ouest ou communs du château
1743

Pierre Chrestien de Poly & l'aile Ouest

En 1743, la propriété passe au fils aîné de l'acquéreur, Pierre Chrestien, seigneur de Poly et conseiller à la Cour des Aides de Paris. Autour de 1768, à l'occasion de son mariage avec Françoise Le Pocquet de Kério, celui-ci projette la transformation du château.

Il commence par faire construire les communs, et fait établir les plans d'un grand projet d'embellissement par l'architecte Le Brun. Seule l'aile Ouest a été réalisée. Les travaux furent arrêtés après cette réalisation, sans doute en raison de l'approche de la Révolution.

Le propriétaire investit parallèlement dans de la terre : peu inquiété par les révolutionnaires, il acquiert en 1793 la ferme de La Houssoye, ainsi que la ferme de La Borde Longuet à St Eussoye, qui appartenait anciennement à l'abbaye de Chaalis, près de Senlis.

L'aile Est présente une façade de trois travées réunies sous un grand fronton courbe percé d'un oculus, avec un décor de tableaux de briques en saillie, guirlandes, serviettes et grands pots à feu — le tout couronné d'un comble à la Mansart.

Années 1880

Emile Chrestien de Poly & la vie publique

Emile Chrestien de Poly, propriétaire du château dans les années 1880, fut conseiller général de l'Oise en 1887 et maire de Lihus pendant plus de 40 ans. La pièce du château dans laquelle il recevait ses administrés est toujours nommée le « cabinet de Maire ».

Marié à Thérèse Bordas-Larribe — dont la famille a offert l'un des vitraux de l'église de Lihus — il n'eut que des filles. L'aînée, Germaine de Poly, épousa Louis Le Conte, officier de Dragons, tué en juin 1918 à Marizy Sainte-Geneviève, dans l'Aisne, lors de l'une des dernières offensives allemandes.

Transmission

La perpétuation d'un nom

Bernard Le Conte de Poly, arrière-grand-père de l'actuelle propriétaire, était le fils de Louis Le Conte et Germaine de Poly. Comme Emile n'avait eu que des filles, le nom Chrestien de Poly risquait de s'éteindre.

À l'époque, reprendre le nom de sa mère n'était possible que dans des cas rares. Mais après la guerre de 14, un décret permit de relever les noms maternels éteints au combat. C'est ainsi que Bernard put s'appeler Le Conte Chrestien de Poly. Son fils Louis, qui porta le même nom, eut trois filles — dont les enfants ne portent donc plus ce nom.

Image Portrait de famille ou vitrail de l'église de Lihus